Ange guerrier, attr. à Natoire

Cet "Ange guerrier" représenté en ovale faisait partie d'un décor plus important, et provient du Chateau de Lassay.
Une inscription au revers suggère qu'il est peint par Jean-Baptiste Jouvenet.
Il est plus probablement de la main de Charles Joseph Natoire (Nîmes, 1700 ; Castel Gondolfo 1777)



Il est très proche des études de Natoire conservées au Musée de Troyes u Musée Atger de Monpellier (1736), mais aussi par certains aspects des peintures de François Boucher (Diane sortant du bain, Musée du Louvre)
Comparaison avec "Diane sortant du bain" de Boucher

Comparaison avec Etude par Natoire (Musée de Troyes)
Il s'agit d'un ovale, tendu sur un châssis ancien, qui n'a jamais été rentoilé. Un ancien accident a été repris. 

Interventions
Par la face, pose de protections à Klucel-G et papier japon (3%). Dépoussiérage revers.


Le démontage des anciennes pièces, fortement encollées, a été réalisé par voie mécanique après humidification préalable réalisée avec des plaques de gel rigide (agar-agar 4% en eau), sous poids pendant 5 minutes. 
Nettoyage des residus à l’eau modérément chaude.

Restitution de la perte de support textile avec une greffe de toile de densité similaire.
On isole la toile d’incrustation à la colle de peau 5%.
Adhésion de l’incrustation: on colle les fibres des fils à la colle esturgeon (20%)-amidon (10%), en proportion 1 :1, a la spatule chauffante. On reconstruit la trame fil-à-fil dans les zones plus petites.


ARC PIERRE SOULAGES / Préparation de l'exposition




Vierge à l'Enfant (Ecole Italienne, suiveur de Bernardino Luini, XVIe )

Cette Vierge à l'Enfant endormi, une main sur le Sein de sa Mère, est une partie d'un triptyque Renaissance qui a été largement restauré au XIX.

Le nettoyage est complexe : les craquelures avaient été masquées par des retouches à l'huile, qui se sont assombries avec le temps : mais enlever cette couche d'huile sur la surface très sensible est une opération risquée : nous avons mis au point un mélange de solvant "doux" dans la phase externe, et très efficace pour sa phase externe : cette émulsion doux/fort permet d'alléger progressivement la surface, ce qui est complété in fine par un dégagement mécanique.

en cours de nettoyage : les repeints huileux restent "attachés" au réseau de craquelure sous-jacent, très fragile
en cours de dégagement (photo provisoire)




en cours de nettoyage : les repeints sont dégagés sur les carnations du sein et le drapé est supprimé ! 
En cours de nettoyage
Fin du nettoyage : les lacunes sont comblées par des mastics : elles sont particulièrement nombreuses sur le panneau de droite et le long des joints des planches

Détail du visage de la Vierge : malgré les usures importantes, la fragilité des carnations est retrouvée.
Après nettoyage, d'importantes retouches sont nécessaires. Les lacunes sont comblées d'un mastic traditionnel à base de colle animale et de carbonate de calcium, puis un premier ton de fond, à tempera, est posé avant vernissage.
Le vernissage est effectué au tampon pour garder une finesse et une modulation adaptée.
Certaines zones sont traitées suivant la technique du trattegio (fond d'or), mais les carnations sont retouchées avec une succession de glacis pour une finition plus modulée.

Ensemble en fin de retouche (après 30 heures de retouche)

Visage de la Vierge en cours de retouche


8 mars 2018 : Bonne journée

Les femmes de l'atelier : Salomée, Mademoiselle de Calonne, Marie, Madeleine, et toutes les anonymes, par Largillière, Van Dongen, Pascin, Rubens, Ricard, Da Sesto, Du Gardier, et par tous les artistes anonymes .... Plusieurs de ces oeuvres ont été peintes par des femmes, et toutes ont été restaurées par des femmes
 ;-)

Merci à la Dream-Team, anciennes stagiaires d'Angers, Tours, Haims ou Nîmes : Cécilia, Agata, Marie, Lucile, Lucie, Adélaïde, Caroline, Pauline, Nuria, Elisa, Alix... 

et aussi Gabriela, Amalia, Susanna, Sylvie, Pauline, Agata, les collaboratrices de talents!


Journée de la femme
8 mars 2018

La Mort de Léonard de Vinci dans les bras de François Ier

Retouche...


Le tableau est prêt pour retrouver le Château royal d'Amboise,
rendez-vous pour une conférence le 7 avril:


********************.ETAPE PRECEDENTE : NETTOYAGE **************************..


Parties supérieures nettoyées en sens inverse



************************ETAPE PRECEDENTE : DEMONTAGE***********************

en 1516, il y a 500 ans, Léonard de Vinci arrivait en France.
en 1816, il y a 200 ans,  le peintre François-Guillaume Ménageot mourait.
en 2016: débuts de la restauration de La Mort de Léonard de Vinci dans les bras de François 1er Par Ménageot.

© Ville d'Amboise 2016
La version d'Ingres de 1818 (exposée en ce moment à Paris) est très célèbre, mais celle de François-Guillaume Ménageot est antérieure : il l'avait réalisé en 1781 à la demande de Louis XVI.

Le format a été modifié, sa composition initiale était un format carré, de 10 pieds de côté (REVEIL, DUCHENE 1831 p.719).C'est Nicole Willk-Brocard  qui nous l'a appris, précisant que cette intervention a été conduite le 1er décembre 1842 par Pierre Franque (1774-1860, peintre) pour être placé dans l'escalier du midi à Versailles (WILLK-BROCARD 1978, p.65)

La composition était alors très différente et on comprend mieux le succès qu'a connu l'oeuvre au Salon de 1781 (WILLK-BROCARD 1984, p.327).

Elle est conservée depuis 1872 à Amboise, et nous avons l'immense privilège, avec Jean-François Hulot, Sylvie Sauvagnargues, Frédéric Pellas et Sébastien David de participer à sa restauration, avant que l'oeuvre ne soit exposée au Chateau d'Amboise jusqu'en 2019, année anniversaire des 5 siècles qui nous séparent de la disparition de Léonard de Vinci.

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Novembre 2016: Première étape : Déplacement de l'oeuvre hors des salles du musée. 

Pour ce grand format, un démontage de la toile était nécessaire, présenté ici en images (et en vidéo https://www.youtube.com/watch?v=IU0GU5oz2KM)

© Ville d'Amboise 2016
© Ville d'Amboise 2016 

©  Ville d'Amboise 2016


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Décembre 2016 - Janvier 2017: Deuxième étape : Traitement du support.


La toile est dépoussiérée, consolidée dans ses zones fragilisées, et des bandes de tension (marges en textile de renfort périphérique) sont ajoutée. Le châssis en bois initial n'était pas l'original et devait être changé. Nous le modifions au profit d'un châssis Chassitech en alu et bois.
© Hulot-Hélou 2016
Traitement du support en cours

La toile a retrouvé sa solidité et sa planéité.
Revers de l'oeuvre après traitement du support.
© Hulot 2016
La restauration de la surface picturale commence à cette étape :
©Hulot/Sauvagnargues 2016

A lire aussi: l'article de Magalie Basset dans la Nouvelle République du 05/01/2017: http://www.lanouvellerepublique.fr/Indre-et-Loire/Loisirs/Patrimoine-tourisme/n/Contenus/Articles/2017/01/05/Le-tableau-de-Menageot-entre-les-mains-des-experts-2957443

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3ème étape: Traitement de la couche picturale

Nous effectuons d'abord tous les tests nécessaires et préalables à l'intervention pour mettre au point les matériaux que nous devons utiliser:


Après un décrassage important, le vernis est solubilisé progressivement avec un mélange de solvant adapté.

©Hélou/Sauvagnargues 2017

Nettoyage en cours ©Hélou-de La Grandière/Sauvagnargues 2017
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Biblio

WILLK-BROCARD 1984:Nicole WILLK-BROCARD, "François Guillaume Ménageot", et "La Mort de Léonard de Vinci", in Diderot & l'art de Boucher à David, les Salons: 1759-1781, Exposition à l'Hôtel de la Monnaie, Paris, 1984-1985, RMN, p.327-328.
WILLK-BROCARD 1978 : Nicole WILLK-BROCARD,  François-Guillaume Ménageot (1744-1816), Arthena, Paris 1978, p.65-67.
REVEIL, DUCHENE 1831: Etienne Achille REVEIL, Jean DUCHESNE, Museum of Painting and Sculpture: Or, Collection of the Principal Pictures, Statues and Bas-reliefs in the Public and Private Galleries of Europe, Volume 10, Bossange, 1831.


Batailles équestres : restauration spectaculaire (Cristiano Reder - dit Leandro - 1656-1729)

Nettoyage en cours d'une bataille




Avant et après suppression des repeints

Avant et après nettoyage


Cette bataille possède de nombreux repeints débordants désaccordés, devenus bruns avec l'oxydation du liant. Ils ont été appliqués sur les zones lacunaires provoquées par un écaillage récurrent (oeuvre déjà rentoilée au début du XIXe).


....


Il existe un pendant à cette oeuvre, rentoilé à la même période.



Bords avec vue du rentoilage

Repeints et surpeints
même zone sous UV: mise en évidence des repeints.





Revers (châssis à clé ancien et rentoilage colle de pâte)


Vue générale rasante

Nous avons procédé au refixage des nombreux soulèvements (avec cartonnage colle de pâte et refixage colle), et à un nettoyage complet, y compris la suppression des repeints.

Eugène Boudin : Le port de Camaret, 1872.

Avant chaque mouvement, nous inspectons les micro-altérations des œuvres, petites éraflures discrètes, légères matités de surface, chaque détail est passé au crible, noté, consigné dans un "constat d'état" parfois traduit à tord par "rapport de condition" (parce que constat d'état se dit "condition report" en anglais...). 

C'était le cas la semaine dernier pour cette oeuvre du Musée d'Orsay, observée à Angers où elle est déposée, avant son départ pour une exposition, en Bretagne.

Super privilège que de pouvoir observer le Port de Camaret par Eugène Boudin d'aussi près...

 Eugène Boudin passe plusieurs séjours en Bretagne, à Camaret dans les années 1870, et naturellement, il peint les ciels et bateaux du port. Cette vue du port date de 1872.


La peinture, appliquée en couche fine, ou en demi-pâte sur une préparation grise est fragile et a déjà fait l'objet d'une intervention de restauration importante.

L'oeuvre est aujourd'hui en parfait état de conservation.