La restauration des peintures et des sculptures Connaissance et reconnaissance de l'oeuvre





Nouvel ouvrage de référence ce livre se fait l’écho des débats et questionnements que pose aujourd’hui la restauration d’œuvres d’art, une discipline scientifique en plein essor.

  • 40 auteurs (France, Belgique, Suisse) : conservateurs, restaurateurs, universitaires, offrent un panorama inédit des recherches actuelles sur la restauration des peintures et des sculptures.

  • 300 illustrations en couleurs détaillant au cas par cas le travail du restaurateur.

  • Le point de vue du praticien combiné à ceux de l’historien et du théoricien pour une réflexion sur les enjeux et les techniques de la restauration, sur son importance dans notre rapport aux œuvres et sa contribution à leur histoire matérielle.
 Restaurateurs, chercheurs et conservateurs ouvrent ici un dialogue entre les disciplines et croisent les approches pratiques, techniques et théoriques pour présenter la restauration des peintures et des sculptures. L’approche monographique est privilégiée (une vingtaine d’études de cas, d’œuvres de l’Antiquité à nos jours) mais aussi l’histoire de la restauration, le lien à l’histoire du goût et l’histoire de l’art, l’apport du laboratoire, la réflexion sur les notions (restitution, falsification, « ruine », interprétation, reprise…). Une approche transdisciplinaire qui invite à mieux connaître, à l’aide d’une iconographie abondante et d’excellente qualité, le patient travail des restaurateurs.
LES DIRECTEURS D’OUVRAGE
Pierre-Yves Kairis est Chef de la conservation-restauration à l’Institut royal du patrimoine artistique (IRPA), Bruxelles
Béatrice Sarrazin est Conservatrice en chef du patrimoine, responsable du département Restauration du Centre de recherche et de restauration des musées de France (C2RMF).
François Trémolières est Maître de conférences (esthétique) à l’université Paris Ouest Nanterre La Défense.
Ouvrage publié avec le concours de l’université Paris Ouest (équipe Histoire des arts et des représentations), duC2RMF, de l’IRPA et de l’Institut national d’histoire de l’art (INHA, Paris).


Je suis très fière d'avoir participé à ces journée, l'article co-écrit avec Gilles Barabant relate le travail de restauratiuon réalisé sur la peinture de Pierre Soulages du musée de Saint-Etienne:



Dérestauration d'une scène de mariage

Cette scène de genre représentant un mariage folklorique dans un paysage imaginaire (hormis peut-être la maison placée en haut de la montagne à droite) devait être placée dans une boiserie autrefois. Démontée de ce type de décor, la toile a été tendue sans ajout de bande de tension ni rentoilage sur un châssis grossier : les bords ont donc été rabattus sur les chants, ce que montre le montage ci-dessus.

Lors de cette intervention, de nombreuses retouches de bonne qualité ont été appliquées, mais elles sont recouvertes d'un vernis très épais (qui semble maintenir les écailles en amorce de soulèvement), vernis oxydé en partie et vernis extrêmement brillant qui gêne terriblement la lecture de l'oeuvre.

 Avant traitement
Après suppression du vernis (et des retouches)

La suppression de ce vernis implique nécessairement la suppression des retouches, dévoilant une surface lacunaire importante.
 Détail en court de traitement

 L'oeuvre est en amorce de soulèvement et présentent de nombreuses zones de décollement d'écaille (voir détail ci-dessous) : les refixages sont effectués en alternance avec la suppression du vernis.

 Soulèvements : il s'agit la plupart du temps d'écailles de peinture originale placé à proximité des repeints : les mastics des repeints sont très rigides et la différence de comportement entre le repeint et l'original sont incompatibles.

 Détail après suppression des repeints.

Vue générale après dégagement des repeints et suppression du vernis.


Après suppression des repeints débordants puis refixage des soulèvements, l'oeuvre apparaît toujours déformée (réseau de craquelure très marqué). Pour atténuer cet aspect, un cartonnage est nécessaire. Il est réalisé avec la participation d'Agata.

Le cartonnage permet d'atténuer les déformations, mais le réseau de craquelure vertical, lié au roulement de la toile, reste visible.

après remontage de l'oeuvre sur un châssis neuf sur mesure, les mastics comblent les lacunes et de nouvelles retouches, d'abord à l'aquarelle puis au couleurs pour conservation Gamblin sont appliqués. Une vernis satiné recouvre l'ensemble.

 Vue d'ensemble après pose de mastics
Vue d'ensemble après pose du ton de fond (retouche aquarelle)

La dernière couche de retouche, en glacis est posée sur ce ton de fond pour bien s'intégrer à le'nesmble.

Cette restauration a nécessité un temps important sans pour autant être spectaculaire : elle a permis avant tout d'assurer une bonne conservation à long terme, puisque de nombreuses zones demeuraient en soulèvement du fait des déformations de support nombreuses.

Le nettoyage a permis de retrouver une belle harmonie colorée et une fraîcheur de ton qui met en valeur cette scène de mariage aux joueurs de palet d'un autre temps.


Halte d'armée par Swebach-Desfontaines



Auteur 
Swebach – Desfontaines
Titre 
La Halte d'Armée
Dimensions 
48 x 60 cm

Technique 
huile sur toile




Jacques-François Joseph SWEBACH (dit Fontaine)
Cet artiste, pentre de paysage d’histoire et de bataille est le père d’une dynastie de peintres. Il est né à Metz en 1769 et mort à Paris en 1823.

Il doit sa formation à Metz à son père, lui-même peintre, sculpteur et graveur, déjà surnommé Fontaine ; il poursuit ensuite sa formation à Paris dans l’atelier de Michel H. Duplessis. Sa carrière débute très jeune puisque’il présente pour la première fois des œuvres à 14 ans à un Salon officiel (Salon de la correspondance).

Après avoir réalisé le portrait équestre de Joséphine Bonaparte (1800, à la Malmaison), il est nommé de 1802 à 1813 premier peintre de la Manufacture de Sèvre. Il obtient en 1810 le Grand Prix du Salon pour son tableau représentant Napoléon traversant le Danube.

Spécialiste de sujets militaires, de courses de chevaux ou de scènes de chasse, Swebach connut un grand succès sous l’Empire avec des petits tableaux mêlant paysage et scène de genre. Les guerres révolutionnaires avaient permis à  l’artiste d’exercer très tôt son talent de dessinateur, en croquant sur le vif, au crayon ou à  la plume, des scènes reprises ensuite au lavis ou à  l’aquarelle. Il se fit ensuite le chroniqueur de la vie quotidienne des armées napoléoniennes en campagnes. Marches des troupes, haltes de soldats et de cavaliers, vivandières, bivouacs, campements, convois de matériel et de vivres ont été les sujets de prédilection du peintre.
(source : Benezit édition 1954 et napoleon.org)

Halte de Cavalier, Musée du Louvre.


Présentation de la problématique

Cette œuvre de Jacques-François Joseph Swebach (Metz 1769, Paris 1823) souffre d’une oxydation de vernis très importante qui dénature l’harmonie colorée de l’ensemble.



Les écailles soulevées liées à des chocs localisés sont protégées et refixées à la colle d’esturgeon diluée à 3% ; les lacunes correspondant à ces zones sont comblées (mastic) et retouchées (aquarelle puis Gamblin conservation colors).

Protections locales posées sur les zones à refixer

Pour supprimer le vernis très épais en surface, un protocole de test est effectué : il permet d’ évaluer les proportions variables de solvant à utiliser pour alléger le vernis de façon homogène : nous utilisons un mélange de solvant composé principalement d’acétone (75%) et de White Spirit (25%).




L’œuvre a été rentoilée ; les repeints correspondant à cette intervention sont supprimés avec un solvant dissociant (DMSO) rincé avec son solvant azéotrope (acétate d’éthyle).

Après allègement, les refixages sont repris, les mastics posés, et le premier ton de retouche placé à l'aquarelle.  Un vernis Dammar est alors posé.

Portrait d’homme au gant



Auteur 
Copie d’après F. Birotheau / 1857 de A. Bonnin 1897,

Titre 
Portrait d’homme au gant
Dimensions 
100 x 81cm (40F)

Technique 
huile sur toile tendue sur châssis fixe à traverse médiane.



le peintre :

Ferdinand BIROTHEAU est un peintre né en 1819 à Napoléon-Vendée et mort à Rennes en 1892 ; après ses études à La Roche-sur-Yon, la municipalité et le Conseil Général de la Vendée lui attribuent une bourse pour parfaire ses dons d’artistes à Paris. Elève de Drolling, il y rencontre plus tard Paul Baudry.

En 1842, il expose pour la première fois au Salon des Artistes Français ; il présente alors Jésus et la Samaritaine, puis Renaud et Armide au Salon de 1847 ; Malgré ces peintures d’histoire, il semble qu’il ait réalisé un grand nombre de portraits de notables contemporains. Il enseigne quelque temps à Fontenay-le-Comte et réalise en 1845 pour l’administration municipale yonnaise la copie du tableau de Gérard, intitulé « Portrait en pied de Napoléon 1er ». (L’Ouest Artistique et Littéraire, 1892).

Portrait de Jean-Baptiste Martenot, Musée des Beaux-Arts de Rennes.
Portrait de Jeune Femme ©famillesvendennes.Fr


Le comte Charles de Polignac et Caroline le Normand de Morando, comtesse Charles de Polignac, 1883
Le musée de la Roche-sur-Yon possède trois portraits de cet artiste (Portrait de l’artiste 100 x 81 cm, 1863, La Marguerite, vers 1850, 81 x 65 cm, Portrait de Napoléon 243 x 180, 1845 et Portrait de Moreau Père) ; le Musée des Beaux-Arts de Rennes en possède  quatre (Portrait de Jean-Baptiste Martenot, 73 x 60 cm, Portrait de Jules Jan directeur du Musée de Rennes de 1876 à 1887,73 x 60 cm, Portrait de Rallier du Baty 110 x 89 cm, Portrait du chanoine Duver 80 x 65 cm.).
& Sources :
-    Bénézit Etienne, Dictionnaire des peintres sculpteurs dessinateurs et graveurs, Tome 1, Librairie Gründ, 1948.
-    Wikipédia, http://fr.wikipedia.org/wiki/Ferdinand_Birotheau consulté le 12 mai 2011
-    Ventes : Nu académique, Deux huiles sur toile en pendant, (Accidents et restaurations), 84 x 61 cm estimées 4000€ à l’Hôtel de Vente Versailles Enchères Perrin-Royère-Lajeunesse, vente du 01/04/2007.
-    Le Comte Charles de Polignac, Caroline Le Normand de Morando, comtesse Charles de Polignac, Deux huiles sur toile en pendant, l'une signée en bas à droite et datée 1881, l'autre signée en bas à gauche et datée 1883. (Écaillures) ; Haut. : 110,8 cm, Larg. : 90 cm Vente Libert du  Lundi 8 décembre 2008, estimé à 3000€.
-    Portrait de jeune femme en buste en robe bleue. Armoiries en haut vers la gauche. Huile sur toile. Dans un cadre ovale en bois. 175 x 90 cm Vente Hôtel de Drouot.
-    http://famillesvendeennes.fr/birotheau.html consulté le 12 mai 2011.



Notre portrait :




d’après F. Birotheau / 1857 / A. Bonnin 1897

Présentation de la problématique

Cette huile sur toile est tendue sur un châssis à traverses en croix fixe. Elle a été retendue après une opération de restauration ancienne, où des zones avaient été refixées, retouchées, puis des bandes de tension collées en périphérie pour retendre la toile sur le châssis. Ces interventions sont visibles à l’œil nu et sous lumière UV ; elles ont laissé un résidus d’encre de journal (sur la main) lors d’une opération où l’œuvre est posée à plat, couche picturale vers le bas.

La couche picturale présente aujourd’hui un réseau de soulèvements très important, localisé dans le fond brun, en périphérie de l’œuvre et rayonnant autour du visage du portrait. La désolidarisation support/couche picturale se fait à la surface de la toile (et de l’encollage) : la partie soulevée concerne la préparation et la couche colorée.

Cette altération résulte d’un défaut de mise en œuvre, non du peintre, mais du fournisseur de toile puisque l’encollage est réalisé de façon industrielle. La dégradation est d’autant plus importante qu’elle est augmentée par la présence d’humidité prolongée (réseau localisé au revers des montants du châssis et conditions de conservation médiocre) et d’un excès de siccatif (ajouté par le peintre dans les pigments bruns afin d’en accélérer le séchage).








Traitement

En premier lieu, il s'agit de remettre dans le plan les écailles et rétablir l’adhérence de la couche picturale à son support. 
        -              mise en place de calles au revers pour permettre un travail à plat
-                     assouplissement de la couche picturale par apport de chaleur afin de pouvoir rabattre les écailles sans les briser (à l’aide d’un Leister® permettant de maîtriser l’action chaleur/souffle d’air)
-                      Injection d’adhésif dans la zone soulevée en maintient dans le plan
-                      Rinçage des résidus en surface


Les interventions de nettoyage (suppression des repeints anciens désaccordés) et de retouche sont par la même occasion menée afin de rentre un aspect général satisfaisant.

Les interventions  sont les suivantes :
-                      dépoussiérage important du revers, avec suppression des scrupules
-                      
-                      Mastic des zones lacunaires
-                      Réintégration

après traitement :

Paysage de Rosa da Tivoli (Philipp Peter ROOS, dit Rosa da Tivoli)

 Philipp Peter ROOS, dit Rosa da Tivoli et appelé également Mercurius est un peintre de paysage et d'animaux né à Francfort-sur-le-Mein en 1657 et mort à Rome en 1706.
Fils ainé et élève du peintre Johann Roos (1631-1685), il bénéficie de la protection du Landgrave de Hesse qui lui accorde une pension à Rome. Philipp Peter s'établit à Tivoli et vit autour des animaux de sa propre ferme pour pouvoir les étudier d'après nature. son dessin est très précis et les détails très justes.

Dans une édition ancienne du Bénézit (dictionnaire des peintres), il est noté que ses peintures noircissent : il s'agit très certainement d'une caractéristique liée à l'usage de préparation sombre, qui apparaît progressivement à cause du vieillissement du film d'huile ( transparence accrue).




Rosa de Tivoli, Berger et troupeau, Musée de Grenoble (141 x 215cm)


Cette huile sur toile du XVIIe siècle avait été rentoilée et largement repeinte à cette occasion, comme le montre le cliché sous UV :

Les repeints gachent largement la touche picturale originale, le dessin est invisible, les contours sont approximatifs, et l'harmonie colorée souffre d'une tonalité brune discordante.

 Après avoir décrassé la surface de la couche picturale, puis allégé une partie du vernie, les repeints sont supprimés. Cette opération délicate et minutieuse (les repeints sont composés de peinture à l'huile, comme la peinture originale sous-jacente) est réalisée à l'aide de diméthylsulfoxyde rincé avec son solvant azéotrope (acétate d'éthyle). L'harmonie colorée et la légèreté de la touche retrouvées n'ont plus rien à voir avec le ciel et les frondaisons bouchées qu'avaient imposés les repeints.


Vue après restauration : les soulèvements sont consolidés, les repeints désaccordés ont été supprimés : Des détails sont à nouveau visibles, l'harmonie colorée et les variations de lumières sont équilibrées.

Portrait de l'Amiral de G? par Dubois

Portrait d'homme, Huile sur bois, Dim : 64 x 53,5 cm:


Signature & Date face :
« Dubois 1805 »

Inscriptions manuscrites au revers :
« Malaine Ptre en Voitures Rue et Faubg Martin n° 19 / Tiens Magasin des Panneaux de Toutes Grandeurs à Paris »

Peinture sur panneau de bois constitué de deux planches fines, biseautées, assemblées par collage et renforcées au revers par des bandelettes de toile. Bois à fibre dense et régulière (chêne) en bon état, présentant peu de jeu, malgré l’amorce d’une fine désolidarisation en partie supérieure.

La couche picturale est fine, constituée de demi - pâte et de glacis. La signature « Dubois 1805 » nous laisse penser qu’il s’agit d’un portrait par Frédéric Dubois, portraitiste actif à Paris entre 1780 et 1818, dont le Musée du Louvre possède quelques miniatures, comme celle présentée ci-contre : Portrait de Joseph Artaud.

ce portrait peut être approché d'un autre portrait que nous avons restauré, publié à cette page en octobre 2010:
http://visite-d-atelier.blogspot.com/2010/10/portrait-de-henry-jacques-gouin.html

L’œuvre souffre d’un encrassement et d’une oxydation des matériaux organiques de surface importants : une opération de nettoyage est nécessaire pour permettre sa présentation : celui-ci est effectué après décrassage de la face et du revers puis allègement de vernis avec des proportions variables de ligroine et d'isopropanol. les repeints huileux sont supprimés au DMSO rincé à l'acétate d'éthyle.


 Test d'allègement de vernis Ligroine 70% - éthanol 30%

 Décrassage du revers, laissant apparaître l'inscription :
« Malaine Ptre en Voitures Rue et Faubg Martin n° 19 / Tiens Magasin des Panneaux de Toutes Grandeurs à Paris »
 l'allaigement de vernis paremet de retrouver un grand nombre de détails, notamment dans les zones sombres ; quelques inscriptions sont devenues à nouveau lisibles, comme sur la lettre?

Un vernis  est passé ensuite au spalter sur l'ensemble .