Détail du soulèvement : la couche picturale n'est plus solidaire de son support. |
Atelier de restauration de Pauline Helou-de La Grandière, restauratrice de peintures (tableaux anciens et modernes). Vous pourrez voir le déroulement d'une restauration du diagnostic au vernissage final, connaitre les détails des traitements effectués sur les oeuvres et voir l'évolution de la restauration quasiment au jour le jour.
Restauration d'une peinture anciennement transposée
Claude de Jongh (?), Bataille navale en baie orientale (Peinture hollandaise du XVIIe)
Si l'on suit les indications du cartel, de qui s'agit-il?
- Soit il s'agit de Claude de Jongh (?-1663), peintre qui a représenté de nombreuses scènes de batailles navales placées dans de véritables paysages topographiques (Pont de Londres, V&A London,Cathédrale de Rouen MBA Rouen),
![]() |
Claude de Jongh, Musée des Beaux Arts de Rouen (base Joconde), détail. |
- Soit il s'agit de Jan Van der Meer le Jeune de Jonghe (Haarlem 1656-1705), "remarquable peintre de mouton" (Benezit) qui est en effet d'avantage un peintre de pastorales que de batailles ;
- Soit il s'agit de Jan van der Meer le vieux, (Haarlem1628-1691), appelé aussi Vermeer de Haarlem, père du précédent , dont les paysages sont souvent attribués à Ruysdael et qui a peint des scènes de batailles ; il a été en Italie (autre élément en faveur de cette attribution);
![]() |
Van de Velde Le Jeune (Musée des Beaux-Arts de Rouen) |
![]() |
Van de Velde Le Vieux |
Sujet représenté : Il s'agit d'une flotte Hollandaise, dans un décor orientaliste... La bataille de Focchies par exemple oppose une flotte ottomane à une escadre vénitienne, assistée des Hollandais... et donne un prétexte à un traitement orientaliste d'une bataille navale.
![]() |
Abraham Beerstratenm, 1656 : Bataille navale des vénitiens et hollandais contre les turcs (Bataille de Focchies) Rijksmuseum Amsterdam |
Si l'on retourne l'oeuvre, on découvre une inscription à l'encre ferrogalique sur le montant vertical du châssis : n°47, et au crayon "Jan van der Meer né à Harlem 1627-1717 Elève de Berchem, ...."
Mais l'attribution n'est pas notre spécialité... (comme nous venons de le démontrer...)
Revenons donc à la restauration : Il s'agit d'une peinture à l'huile sur toile tendue sur châssis à traverse médiane à clé, rentoilé.
Revers de l'oeuvre avant intervention |
Détail : soulèvements de couche picturale |
Soulèvements dans le ciel |
Un vernis oxydé et épais recouvre l'ensemble de la peinture : ce vernis gêne l'harmonie colorée, il empêche d'obtenir un refixage efficace, et les contraintes internes qu'il possède risquent d'amplifier les soulèvements. Ces raisons nous ont guidés vers un allègement de vernis dont voici un premier test:
Détail dans l'angle supérieur droit : allègement de vernis en cours. |
Le résultat après décrassage et allègement de vernis n'est pas satisfaisant : le ciel est très hétérogène, et plusieurs détails font penser qu'il est repeint en grande partie :
![]() |
Même détail avant et après allègement de vernis. |
Détail angle supérieur gauche sous UV : la montagne apparait en doucle motif : elle est recouverte en partie supérieure d'un repeint ; le ciel est largement repeint. |
![]() |
Détail avant/après restauration du premier plan. |
![]() |
Détail avant/après restauration des animaux du premier plan. |
Détail du premier plan. |
Jan van Huchtenburg ou Hughtenburg (1647 – 1733) scène de bataille
Petit format signé du monogramme de Huchtenburg HBf (HughtenBurg fecit) et daté de 1712 (?);
Bataille d'Huchtenburg : Etat avant intervention (après décadrage). |
Pose de protection localisée avant refixage des écailles soulevées. |
Importance des poussières après suppression des scrupules. |
Détail en cours d'allègement de vernis. |
Analyse des bordures de la toile. |
L'oeuvre été rentoilée (début XIXe) et possède des repeints et un vernis oxydé de cette période. Des
soulèvements (3 zones) apparaissent et sont traités en urgence (colle d'esturgeon 3%). L'allègement de vernis
réalisé (légroïne 70%-éthanol 30%) met en valeur l'harmonie colorée. Le degré d'oxydation des repeints (datant du rentoilage) est acceptable. L'ensemble est verni.
Réintégration de la lacune unique à l'aquarelle sous vernis.
Sécurisation des clés; pose de feutrine dans la feuillure du cadre, protection arrière en non tissé polyester.
L'oeuvre a ainsi réintégré sa collection après une restauration lui redonnant éclat en conservant sa patine.
Jean Lecomte de Nouy : Mort pour la Patrie, à Orsay
Du 24 septembre 2013 au 2 janvier 2014 se tient au Musée d'Orsay une exposition autour du Nu, (Masculin/Masculain. L'homme nu dans l'art de 1800 à nos Jours) ;
Pro Patria, nu de Lecomte de Nouy, a été traité avant de partir à Paris pour y être exposé.Les bordures révèlent le réemploi d’une toile déjà peinte, au format plus important, que l’on peut dater de 1883 grâce à la signature au dos de la toile « 19 7bre 83 ». fragments de composition visibles sur les bordures.
Cette oeuvre avait été présentée au Salon de 1893, où une photographie ancienne (avant 1900) et les commentaires des critiques du Salon (Guy de Montgaillard, Lecomte du Noüy, Paris 1906) permettent de connaitre la composition initiale modifiée (scène de bataille contemporaine en arrière plan effacée ensuite pour éviter les commentaires politiques) ; cette reprise par l’artiste est antérieure à 1900 (acquisition par le musée).
1.
Etat général de l’œuvre
Les moisissures sont
présentes au revers (toile) et sur la face, particulièrement en partie basse.
Le mycelium noir est très incrusté dans le réseau de craquelure et dans la
toile. En dehors des moisissures, bon été général malgré la présence d’un
réseau de craquelures complexe lié à l’histoire matérielle de l’œuvre ; Ce
réseau de craquelures prématurées est généralisé et stable.
Le support présente
quelques déformations directionnelles suivant le réseau de craquelures (contraintes
liées à l’épaisseur de 2 couches picturales superposées et probablement
amplifié suit à l’apport d’humidité lié au sinistre) ; des déformations
convexes en parties basses liées à la présence de scrupules (petites échardes
de bois du châssis supprimées partiellement).
Certaines
craquelures sont observées comme pouvant présenter des amorces de soulèvement à
terme, mais sont stables (à surveiller).
3 gouttes de résines
sont observées à dextre : elles semblent avoir coulé avec l’apport accru
d’humidité.
1.
Etat général du cadre
Sa restauration a été confiée à Sébastien David.
1.
Interventions
1.
Contrôle : Les zones de fragilité potentielle
sont jugées stables et ne sont pas consolidées.
2.
Dépoussiérage : Un dépoussiérage important du
revers et de la face est effectué (aspirateur Nilfisk avec Filtre Hepa,
pinceaux propres et désinfectés).
3.
Traitement antifongique : Après
dépoussiérage, un premier passage de nitrate d’éconazole[1]
aqueux est effectué par pulvérisation contrôlée sur la face (avec compresses en
cas de formations de gouttes à la surface), et au revers ; le châssis et
les chants sont traités au pinceau. Après le premier passage, un dépoussiérage
à l’éponge en latex microporeuse est effectué : une part importante du
mycelium noir est supprimé, mais une autre partie reste piégée côté pictural
dans le vernis, régénéré par la part d’alcool du fongicide (éconacide). Le
second passage fongicide est effectué le lendemain, conformément aux
prescriptions du laboratoire.
4.
Mesures conservatoires au revers : Les clés
sont sécurisées, les scrupules supprimés et un dos protecteur à base de carton
pHiCore est placé au revers.
[1] Econacide : solution fongicide
au nitrate d’éconazole 2g/litre mise au point par le LRMH en solution aqueuse (France
Organo Chimique).
Auteur : Jean Lecomte du Nouÿ
Format : 1, 02m x 1, 80m
![]() |
coulures de peinture / vernis |
à voir / à lire :
Atelier du peintre : http://www.photo-arago.fr/Archive/27MQ2PE3WCQT/17/Lecomte-du-No%C3%BCy,-Jean-Jules-Antoine-(1842-1923)-(peintre---sculpteur)-2C6NU02UV9E7.html
.
Libellés :
Ecole Française XIXe,
Musée d'Orsay,
Musée des beaux-arts d'Angers,
Nu.,
Signature : Lecomte de Nouy
Pays/territoire :
Musée d'Orsay, 1 Rue de la Légion d'Honneur, 75007 Paris, France
Restauration d'une peinture sur cuivre
Petit format sur cuivre, cette peinture représente une scène biblique liée à Moïse.
L'utilisation du cuivre comme support a été courante à partir du XVIe siècle ; cet usage s'inscrit dans un mouvement d'expérimentation des supports lisses (pierre, ardoise ou marbre) lié aux maniéristes d'une part et d'autre part à l'expansion de la gravure au burin et à l'eau forte (expansion avec les développements de l'imprimerie, les gravures sont réalisées sur plaques de cuivre).
Le développement de la peinture à l'émail sur cuivre peut aussi être lié au développement de ce support.
Les peintures sur cuivre sont de petits formats, facilement transportables (rigide, imputrescible) et liés à un usage très précieux et confidentiel.
Cette peinture est réalisée sur une plaque de cuivre amincie par laminage, qui ne possède pas de signe de préparation visible. les plaques de cuivre étant préparées soit par microponçage, soit par application d'une préparation oléo-résineuse au doigt, soit par le passage de tensio-actif (gousse d'ail), l'absence de trace de préparation indique que l'artiste a choisi l'usage d'ail.
Cette technique présente des défauts, et cette plaque possède de nombreuses zones lacunaires liée à cette technique et à de mauvaises conditions de conservation.
La peinture qui nous a été confiée est recouverte d'un voile blanchâtre, certainement lié à un nettoyage "à la pomme de terre", technique de nettoyage recommandée par les manuels de bricolage qui relève en effet du bricolage et qui est catastrophique pour une peinture (l'amidon de pomme de terre reste en surface, son acidité attaque le vernis, la couche picturale, et ici, le support).
Le vernis oxydé doit également être supprimé, ce qui est fait partiellement.
L'allègement du vernis permet de retrouver l'harmonie colorée de la peinture et de rendre visibles les détails de la peinture.
Libellés :
Ecole française XVIIe,
huile sur cuivre
Pays/territoire :
Rome, Italie
Traitement d'urgence d'une réserve affectée par des moisissures
A la suite d'une panne de sonde d'un humidificateur pendant 2 jours, l'humidité relative d'une réserve de musée a atteint pendant plus de 30 heures un taux d'humidité très élevé, provoquant le développement moisissures sur au moins 80 peintures sur toile, leur cadre, les panneaux de bois et les pastels ;
Nous sommes intervenus dans la réserve en suivant la méthodologie suivante :
- Identification de l’infection : La cause étant attribuée au système de climatisation et étant en cours de traitement au moment de notre intervention, la connaissance de la nature et du degré d’activité des spores en présence était la première étape d’intervention.
- Dépoussiérage : les poussières étant des substrats nutritifs pour les moisissures, et le mycélium étant un frein au traitement fongicide, un dépoussiérage des œuvres les plus affectées est imposé.
- Traitement antifongique : grâce à la connaissance de la nature de l’infection, un traitement adapté peut être établit ; seules les œuvres dont l’infection est active et qui peuvent être traitées sans risque pour leur intégrité sont traitées.
- Proposition d’un protocole pour conduire vers la décontamination totale.
1. Prélèvement des spores :
Ce prélèvement est fait en décrivant l'aspect du mycélium, avec photographies avant/après sous loupe. L'écouvillon stérile utilisé est envoyé au laboratoire de microbiologie qui en fait une culture pour identifier le genre, et donne ensuite un protocole de traitement adapté.
2. Dépoussiérage : cette intervention a été réalisée grâce au précieux concourt d'Agata Graczyk, élève-restaurateur à l'Institut national du Patrimoine et Philippe Letourneux. Les aspirateurs sont munis de filtres Hepa, les dépoussiérages sont réalisés dans une pièce dédiée (sauf peintures non transportables), avec protections intégrales (les spores sont toxiques et très contaminantes : les protections sont enlevées dans un sas pour éviter de contaminer le reste du musée).
Dépoussiérage en cours : pinceaux et brosses sont nettoyés, désinfectés et séchés après chaque oeuvre traitée. |
3. Traitement antifongique :
Les oeuvres ont été traitées au nitrate d'éconazole (prescriptions de Caroline Laffont, qui a mené les analyses à la BNF). Des solutions d'éconacide aqueuses ou alcooliques ont été utilisées en fonction de la fragilité des oeuvres ; le mise en oeuvre a été variable, au pinceau, au tampon, ou par pulvérisation.
Traitement antifongique en cours |
Avant traitement |
Après traitement (le chancis est ancien et profond) |
4. Préconisations futures : pour l'ensemble de la réserve ;
Certaines oeuvres sont plus problématiques, c'est le cas des pastels, et des oeuvres contemporaines, assimilées à des textiles, où les thalles des mycéliums se sont incrustés dans la trame, la décolorant.
Détail de développement de moisissures |
Développement de moisissures sur une toile contemporaine |
Chaque oeuvre traitée est étiquetée pour évaluer rapidement l'efficacité du traitement 4 à 5 semaines plus tard.
Etiquetage des oeuvres traitées pour une identification des nouvelles infections plus rapide. |
Détail avant traitement |
Même détail après traitement. |
Protection des intervenants (et prévention de la dispersion des spores) |
Infection généralisée sur toute la surface de l'oeuvre |
Après dépoussiérage et traitement antifongique (2 passages) |
détail avant |
Même détail après traitement. |
Quelques notions de microbiologies :
Les moisissures sont des champignons où l’organe végétatif (le thalle) est composé de filaments ramifiés (les hyphes) : l’ensemble constitue le mycélium. Cet appareil végétatif permet la croissance et le développement des moisissures, qui se nourrissent d’azote, de carbone et de quelques ions tels que le potassium, mais leur développement dépend surtout de l’humidité et de la température :
L'humidité relative minimum pour que commencent à se développer les premières moisissures peu nombreuses, (on les appelle xérophiles), est de 65-70 % ; mais si l'humidité augmente, des moisissures différentes et très nombreuses se développent (vers 80-90%).
Le risque de germination est présent à partir d’une humidité relative de 60 %, mais une fois la germination enclenchée, le développement peut se poursuivre à des taux inférieurs à 60 % HR. La seule façon d'éviter le développement de contaminants fongiques est de maintenir une hygrométrie faible dans l'environnement. (sources : Roquebert 1997 et Laffont, Mouren 2005 )
C'est la raison pour laquelle nous nous sommes attelés à mesurer le climat et à mettre en évidence des disfonctionnements (la sonde de climatisation n'indique pas les mêmes données que les prises de climat dans la pièce).
Après analyse : Tapis de Penicillium sp
Après analyse : Tapis d' Eurotium (moisissure xérophile : premières moisissures à se développer lors d'un déséquilibre climatique ( parfois dès 60% HR ))
Inscription à :
Articles (Atom)