Détacher des moisissures sur une œuvre contemporaine

Une oeuvre composée d'acrylique de 2005 a subi un dégât des eaux qui a provoqué un développement de moisissures : les champignons ont laissé un grand nombre de "piqures", petites taches brunes inscrutées dans la trame de la toile.

L'oeuvre a été traitée avec un antifongique mais les piqures restent visibles et ne rendent pas l'oeuvre présentable : un traitement de désincrustation des taches brunes d'origine fongique doit être réalisé.

Cette intervention est rare, particulièrement sur une oeuvre aussi récente, et un protocole de traitement inédit est mis en place avec Agata Graczyk (Institut national du Patrimoine).

Le protocole se développe suivant trois axes :
1. Recherche bibliographique sur des cas similaires (art contemporain, textile, arts graphiques, art rupestre, art monumental, etc., et orientation via des échanges avec des professionnels spécialistes) ;
2. Essais de produits adaptés, tant par leur nature, compatibilité avec les matériaux, efficacité vis à vis de la tache, que par leur mise en oeuvre et leur innocuité sur la peinture.
3. Mise en place du protocole de restauration de l'oeuvre.

Taches laissées par les moisissures au revers de l'oeuvre.

Taches laissées par les moisissures visibles sur la face.

Taches laissées par les moisissures visibles sur la face

Répartition des taches au revers.

Sous UV : d'autres traces de moisissures sont visibles (revers).


Tests pour l'innocuité des produits : sur des échantillons de toile (peintes et vierges) donné par l'artiste.

Portrait de Joseph Felix de Azevedo y Bernal,1758, Collection privée

Description de l’œuvre et présentation de la problématique


Il s’agit d’une peinture à l’huile ancienne et fragile représentant le portrait d’un homme ecclésiastique ou d'un homme de lettres de trois-quarts.

La toile était initialement tendue sur un autre châssis (mais le montage actuel est très ancien, il ne reste que quelques traces avec les trous sur les bordures).

Des insectes xylophages ont créé des galeries dans le châssis : cette infestation est encore active et doit être traitée pour ne pas risquer que les larves n'infestent d’autres bois (activité au printemps). 

Un accident dans la toile avait été anciennement traité (fibres de toile grossièrement appliquées à la cire par le revers); cette zone possède des repeints débordant sur la face.

L'œuvre souffre d'un très fort encrassement et d'une oxydation de vernis très importante, donnant une lisibilité très réduite de la qualité du portrait.




Interventions de conservation-restauration

La première intervention est une Anoxie (réalisée par 3pA) : l'oeuvre est stockée dans une poche étanche sans oxygène pendant la durée représentant la dose létale pour les larves.

Le nettoyage consiste en 3 opérations successives :
1. Le décrassage (superficiel) : réalisé au batonnet de coton légèrement imbibé d'eau déminéralisée, il permet de supprimer des crasses très noires.
2. L'allègement de vernis : le batonnet de coton est imbibé d'un mélange de solvant correspondant à la solubilité du vernis : celui-ci est allégé sur toute la surface de l'oeuvre.
3. La suppression des repeints débordants : la zone visible au revers est une zone anciennement accidentée qui a été recouverte d'une peinture débordante (repeint) et doit être supprimé (repeint + mastic).
Nettoyage en cours (détail)

Nettoyage en cours : le repeint dans la manche déborde grossièrement sur l'original.

Après allègement de vernis et suppression du revepeint (au scalpel), la zone anciennement accidentée est protégée pour démonter la pièce au revers.


Pour aller plus loin...

Il semble que l'homme représenté soit le Chanoine de Notre-Dame.


  Table généalogique de la famille de Bayard, d'où est issue Marie-Jossine-Guilhelmine de Bayard, épouse de Rombaut Corten, par Joseph Félix Antoine François de Azevedo Coutinho y Bernal, Jean-Barthélémy Joffroy, Antonius Opdebeeck, chez Jean Jacobs, 1753 (numérisé pour Google à l'Université de Gand, 21 oct.2008) :



Détail du visage après nettoyage.



 

 


Portrait de M. Lemoyne : reprise d'une déchirure et lacune de toile

Ce portrait a reçu un objet (une chaussure...) qui a provoqué la déchirure centrale : après quelsques semaines, une lacune importante de toile était à déplorer : la restauration consiste en une consolidation de la toile, une restitution de la zone lacunaire puis une retouche de la zone : cette restauration a été menée avec la collaboration de Mademoiselle Marie Dion.

État avant traitement : une protection provisoire est posée pour pouvoir travailler au revers sans risque
Revers de l’œuvre : la déchirure est maintenue pour son transfert en atelier avec un adhésif micropore

La déchirure est aplanie, les fils placés face à face pour un collage de chaque fibre

Différentes techniques peuvent être mises en œuvre pour les reprises de lacune de toile, en fonction de la taille de la lacune et de la déformation de toile associée.

Nouveau tissage par prolongement de fibres


Incrustation de toile (trame tendue et encollée)

Incrustation de fibres sans tension (petites zones)
Comblement de la lacune de toile avec une trame reconstruite suivant l'original et collée fil à fil.

Une fois le support consolidé, aucune déformation ne persiste sur la toile. La restauration côté face peut être effectuée:

Démontage de la protection provisoire après refixage.
La lacune est comblée avec un mastic composé de colle de peau et de carbonate de calcium.
Le mastic est structuré en lumière rasante pour retrouver une continuité avec l'original adjacent.
La retouche est réalisée seulement sur le mastic, par touches successives (en cours)

Vue générale après restauration.
Vue générale avant / après.